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« Coexistons ! » On pourrait gloser sur le choix de ce verbe, version pauvre de « vivre ensemble », lui-même déchet de citoyenneté. C’est le projet de Gwenn et Mikael, défenseurs de la langue bretonne. Et pour vivre leur idéal, ils ont décidé de créer un village peuplé de bretonnants. La coexistence entre soi. « On n’a pas envie de se couper du monde » précisent-ils. Seulement « choisir ses voisins ». Pas un ghetto, pas une réserve, mais l’altérité c’est mieux quand on est tous pareils… En Bretagne comme ailleurs, le communautarisme se porte bien.

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Les médecins spécialistes, dont le bénéfice non commercial (revenu avant impôts) se situe autour de 100 000 € par an, se lamentent. Les pauvres qu’ils soignent ne les paient pas. Soigner les pauvres, quelle idée ! Dans la continuité de la réforme du code du travail, ne devrait-on pas songer à dépoussiérer, moderniser, assouplir le serment d’Hippocrate et en bannir toute référence à la « gratuité des soins aux indigents » ? Dans leur intérêt, bien sûr.

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Charlie mourait tranquillement quand des terroristes l’ont assassiné, lui offrant ainsi une seconde vie. Depuis des années, on y pratiquait un humour scatologique, pornographique, vulgaire, provocant, sans que personne ne s’en émeuve. Les dernières guerres du pétrole, l’islamisme comme singularité face à l’hégémonie de plus en plus envahissante du monde du Bien et la perversion libérale de l’anthropologie du don en firent la première victime. Le journal en lui-même n’a pas grand chose à voir là dedans mais le remue-ménage provoqué par ce carnage a l’avantage de conserver les causes à l’abri des regards. La Charliemania pour la stratégie du choc.

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Pourquoi faudrait-il qu’il y ait une explication ? Pourquoi cette résurgence du mal ne serait-elle pas la suite inévitable de l’hégémonie du Bien mondialisé, d’autant plus cruelle que l’hégémonie est totale ? Si c’est pour abattre l’occident dans une lutte frontale, le précipiter dans le chaos, c’est perdu d’avance. L’occident, dans son essence, n’est en aucun cas menacé par ces attentats et il y a suffisamment de désordres sur la planète pour qu’elle absorbe celui-ci sans peine. Il ne resterait que le désir de singularité, le rejet de l’ordre en place, le besoin irrationnel d’altérité.

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Les attentats ? Il y a eu défaillance, c’est la seule explication. Dans la civilisation du Bien, il ne peut pas y avoir de panne, seulement des défaillances, des dysfonctionnements d’une machine par ailleurs parfaite et juste. Aucun problème ne peut apparaitre dans le meilleur des mondes sans que sa solution ne lui colle au derrière. « Il n’y a pas de problème, il n’y a que des solutions. » Au pluriel, évidemment, on n’est pas le Bien pour rien.

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Benyamin, premier ministre d’Israël exhorte les juifs de France à quitter leur pays. L’état Hébreu, en guerre, offre plus de sécurité dit-il. Merci de rassurer les antisémites. Mais quoi de plus libéral, de plus mondialisé qu’une communauté qui choisit son pays en fonction de ce qu’il est capable de lui offrir sans songer à lui rendre quoi que ce soit ? Israël l’a bien compris. Pour les jeunes, la nationalité Israélienne, c’est d’abord 3 ans de service au front. Don, contre-don, sacrifice, aucune chance d’abandonner ensuite un pays auquel on a tant donné.

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Des fous, des malades… On sait bien que non. Il faut essayer de comprendre la genèse des terroristes français. Et si, au contraire, l’erreur était qu’on leur aurait tout donné, un pays, une civilisation, un travail, une sécu, des allocs, sans jamais qu’ils puissent rendre. Que nous reste-t-il de la constance commune à toutes les cultures : donner, recevoir, rendre ? Le don sans contre-don les réduirait à des esclaves redevables et insolvables, prisonniers de leur soumission. Accessoirement, pourquoi alors de se moquer d’eux ?

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Pour une culture qui, en théorie, sacralise la vie et l’humanisme, il est impossible d’imaginer qu’on puisse se forger un destin, se construire une transcendance et obéir à une volonté différente. Finir en martyr sous les balles, ça peut paraitre moins sinistre qu’après une vie de labeur et de soumission en vieillard indigent, solitaire et grabataire dans un établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes.

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Une foule extraordinaire, une foule de « Je ». Réunis en tant que séparés disait Debord. Formidable mais triste. Une foule de victimes qui expient l’humiliation. Une masse de ferveur et d’empathie incapable de formuler ce qu’elle désire si ardemment. Et gare à celui qui parlera en son nom. Dès qu’il ouvrira la bouche, il aura tort. Plus qu’à la libération dit-on, mais à la libération, on fêtait l’avenir, on faisait du passé table rase, on sortait du cauchemar. Là, tous nous disent qu’on y entre, et on veut bien les croire.

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Paris, capitale du monde. Une brochette de 50 chefs d’états et personnalités internationales participent à la marche « Je suis Charlie ». Rassemblés l’espace de quelques minutes à l’écart, juste pour la photo, ils ne peuvent défiler en vrai avec le peuple, question de sécurité. L’ovation reconnaissante des chefs, le bain de foule, les hourras et bravos sont inimaginables. Seuls des gardes du corps les accompagnent. Leurs yeux affolés scrutent tous azimuts, leurs mains posées sur une épaule, un bras, sont prêtes à exfiltrer (le mot des médias) leur protégé au moindre doute. Ils ont peur. Ils tremblent presque. Ils n’ont pas l’audace de la foule calme qui grouille non loin, silencieuse. Ca manque de panache, de courage, de romantisme mais l’image est réelle : depuis longtemps l’élite et le peuple se méprisent.